
Du 9 au 11 juin 2026, le premier atelier PAFCA réunit les ministères des Finances du continent pour faire du climat une variable budgétaire centrale

C’est un tournant qui se joue dans la capitale togolaise. En accueillant le premier atelier régional du Réseau panafricain des Ministres des Finances pour l’Action Climatique, le Togo ne reçoit pas une conférence de plus. Il ouvre un laboratoire. Pendant trois jours, les hauts cadres des unités macro-budgétaires, directions du budget et offices de la dette du continent vont manipuler des outils, disséquer des cas concrets et bâtir une doctrine commune. L’objectif : repartir avec des leviers opérationnels, pas des déclarations d’intention.

L’urgence d’agir par les chiffres
Les catastrophes climatiques coûtent déjà à l’Afrique entre 5% et 15% de croissance du PIB par an, selon la Banque africaine de développement (BAD). Sécheresses, inondations, stress hydrique : les chocs ne sont plus des accidents. Ils sont budgétaires. Dette publique, notation souveraine, espace fiscal, programmation des investissements : tout le pilotage macroéconomique est désormais exposé.

Face à cela, les ministères des Finances ne peuvent plus se contenter d’être les payeurs en dernier ressort. Ils doivent devenir les architectes de la résilience. C’est le pari de l’initiative PAFCA, portée par l’Ouganda en tant que coprésident de la Coalition mondiale des Ministres des Finances pour l’Action Climatique.

Lomé, point de départ d’une série continentale
Du 9 au 11 juin 2026, l’atelier de Lomé lance une série d’ateliers sous-régionaux prévus en 2026-2027. L’idée : créer un socle technique commun, adapté aux réalités africaines, pour que chaque ministère des Finances puisse piloter sa transition. Membres ou non de la Coalition, tous les pays sont invités. Car le climat ne fait pas le tri entre les budgets.

La cérémonie d’ouverture a donné le ton. Quatre (04) allocutions ont ponctué la séance inaugurale. Ont pris la parole successivement : le Représentant du Global Green Growth Institute (GGGI), saluant l’alignement de l’initiative sur les priorités africaines ; l’Ambassadeur du Royaume du Danemark, réaffirmant le soutien de son pays à une finance climatique portée par les Finances publiques ; puis le Représentant du Réseau PAFCA, qui a rappelé l’urgence de doter le continent d’outils budgétaires communs

Le discours officiel d’ouverture du pays hôte a été prononcé par Mme Akou Mawusse ADETOU AFIDENYIGBA, Directeur de Cabinet, représentant Monsieur le Ministre des Finances et du Budget. « Le climat est devenu un facteur majeur de risque macroéconomique et donc un sujet central pour les ministères des Finances », a-t-elle martelé. « L’action climatique ne peut réussir sans leadership budgétaire et fiscal. » Le message est clair : il s’agit de passer du financement à la budgétisation du climat.

Quatre chantiers pour changer de braquet
Le programme PAFCA cible quatre angles morts techniques qui bloquent aujourd’hui l’action des ministères des Finances :
- Marchés du carbone et tarification / capter la valeur,
- L’Afrique émet 4% des gaz à effet de serre mondiaux mais abrite 60% du potentiel mondial de séquestration carbone. Pourtant, elle ne capte que 3% des crédits carbone échangés. L’atelier forme aux règles de l’article 6 de l’Accord de Paris, aux marchés volontaires et aux outils comme CPAT et GEM. L’Afrique du Sud et le Kenya partagent leur expérience. Objectif : transformer le carbone africain en actif budgétaire.
- Modélisation macro-budgétaire / anticiper les chocs,
- Comment intégrer une sécheresse décennale dans un cadre budgétaire à moyen terme ? Comment chiffrer le coût de l’inaction sur la dette ? Des experts guident les participants sur la modélisation des risques physiques et de transition. Coûts, scénarios, arbitrages : il s’agit d’équiper les lois de finances contre le climat.

- Comptabilité du capital naturel : compter ce qui compte,
- Forêts, sols, eau, biodiversité : 62% du PIB africain dépend directement de la nature. Mais ce capital n’apparaît dans aucun bilan. L’atelier montre comment ventiler et opérationnaliser ces données, pour les intégrer aux CDN, à la planification territoriale et aux décisions d’investissement. Ce qu’on ne mesure pas, on ne peut le protéger.
- Marquage budgétaire climatique : tracer chaque franc,
Combien votre pays dépense-t-il vraiment pour le climat ? Combien reçoit-il ? Où sont les trous ? Le marquage budgétaire climatique reste un défi pour la majorité des États africains. La session décortique les étapes, la gouvernance et les blocages institutionnels. But : rendre visible l’effort climatique réel et identifier les déficits de financement.

Au-delà des outils : bâtir une doctrine africaine
Le PAFCA ne vend pas des recettes toutes faites. Il part d’un principe : les contextes budgétaires varient, mais les défis sont régionaux. Marchés carbone transfrontaliers, bassins fluviaux partagés, corridors commerciaux exposés : la coordination est vitale.
Chaque module se termine donc par des groupes de travail sur les obstacles communs et les mécanismes de coordination régionale. Car l’enjeu est politique autant que technique. Il s’agit d’installer un réseau de pairs africains capables de parler d’une seule voix dans les négociations sur la finance climat.

Les livrables : du concret pour la suite
L’atelier de Lomé produira trois livrables immédiats : un recueil d’outils et d’études de cas, une note sur les opportunités de collaboration par thématique, et une feuille de route pour l’assistance technique. Plus largement, la série PAFCA doit déboucher sur un forum permanent des ministres des Finances africains dédié au climat.
L’enjeu : la souveraineté par le budget
Jusqu’ici, les ministères des Finances étaient convoqués pour financer des projets climat portés par d’autres. Le PAFCA inverse la logique. Le climat devient une contrainte et une opportunité que les Finances doivent intégrer en amont, dans la loi de finances, la stratégie d’endettement, la politique fiscale.

Comme l’a rappelé Mme ADETOU AFIDENYIGBA, trois rôles sont déterminants : orienter la planification pour intégrer la dimension climatique à chaque politique publique, mobiliser des ressources à la hauteur des besoins par des instruments innovants et une fiscalité verte adaptée, et assurer la redevabilité par un meilleur suivi des dépenses climatiques.
« Pour le Togo, accueillir cette rencontre traduit un engagement constant : celui de faire progresser une gouvernance publique qui concilie développement, solidité des finances publiques et résilience climatique », a-t-elle souligné, appelant à « bâtir des solutions africaines, portées par une expertise africaine ».

Lomé, acte fondateur
Ce 9 juin 2026, Lomé n’a pas seulement ouvert un atelier. Elle a acté un basculement. Celui d’une Afrique qui refuse de subir les chocs et choisit de les budgétiser. Celui de ministères des Finances qui quittent la salle d’attente pour prendre les commandes de la transition. Le chemin sera technique, exigeant, parfois aride. Mais la doctrine est posée : sans les Finances, pas de résilience. Sans souveraineté budgétaire, pas de souveraineté climatique.

De Lomé doit partir un signal clair pour les marchés, pour les partenaires, pour les citoyens : la finance africaine ne sera plus le maillon faible de l’action climatique. Elle en devient le moteur. Le PAFCA a donc trois jours pour outiller les techniciens. Il a une décennie pour transformer les économies. Le compte à rebours a commencé ici, au Togo. Et l’histoire retiendra que c’est à Lomé que l’Afrique a décidé de compter le climat, pour ne plus le compter parmi ses pertes.

Au cœur de l’atelier PAFCA de Lomé, une expertise togolaise s’est distinguée. Mme HOAFA Amé Mawusse AKOMEGNI, du Ministère des Finances et du Budget, porte une double casquette stratégique : elle est député de la coalition des ministres des finances du Togo et point focal NDC Partnership du MFB.
Son message est direct et ancré dans le réel : « La menace climatique n’est pas abstraite, mais elle est déjà une réalité. »
Pour Mme HOAFA, le temps des constats est révolu. En tant que point focal NDC Partnership, elle coordonne l’alignement des engagements climatiques du pays avec la programmation budgétaire. En tant que député de la coalition des ministres des finances, elle défend la thèse d’une finance publique qui anticipe plutôt qu’elle ne subit.

Son rôle est clair : traduire les risques climatiques en lignes budgétaires, les contributions déterminées au niveau national en priorités d’investissement, et les promesses internationales en résultats mesurables pour les Togolais.
Du marquage des dépenses climatiques à l’intégration des chocs dans les cadres macro-budgétaires, Mme HOAFA incarne cette nouvelle génération de cadres des Finances qui font du climat un sujet de souveraineté budgétaire.