Le Togo n’est plus un pays à faible revenu

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10 questions pour comprendre ce que change le reclassement de la Banque mondiale

C’est officiel depuis le 1er juillet : le Togo n’est plus classé parmi les pays à faible revenu. La Banque mondiale l’a fait entrer dans la catégorie des pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure. Derrière ce vocabulaire technique, un événement qui en dit long sur l’économie du pays et son avenir financier. Décryptage en dix questions.

Comment la Banque mondiale classe-t-elle les pays ?

Chaque année, au 1er juillet, l’institution de Washington répartit 218 économies en quatre groupes : revenu faible, intermédiaire inférieur, intermédiaire supérieur et élevé. Le critère est le revenu national brut (RNB) par habitant, c’est-à-dire, en simplifiant, la richesse produite par le pays divisée par le nombre d’habitants, calculée selon la méthode dite Atlas qui lisse les variations de taux de change sur trois ans. Cette année, six pays ont grimpé d’une catégorie, aucun n’a reculé. Le Togo est le seul à être passé du revenu faible au revenu intermédiaire.

Pourquoi ce reclassement intervient-il maintenant ?

Deux facteurs se combinent. Le premier est une croissance économique solide et régulière : autour de 6 % en 2025 selon le FMI, portée par les services, le port de Lomé, une performance supérieure à la moyenne régionale. Le second est plus surprenant : un recomptage de la population.

Quel est ce fameux « ajustement démographique » ?

Les résultats détaillés du recensement de 2022 ont montré que le Togo comptait 11,7 % d’habitants de moins que ce que la Banque mondiale estimait jusqu’ici. Or, quand on divise la même richesse par moins de personnes, le revenu par habitant grimpe mécaniquement. En clair, le pays était plus « riche par tête » qu’on ne le pensait, et cela depuis un moment. Les mouvements de taux de change ont aussi joué un rôle favorable dans le calcul. 

Ce nouveau statut est-il durable ?

Tout indique que oui. La raison est arithmétique : la croissance économique togolaise, autour de 6 % par an, est nettement supérieure à la croissance démographique, estimée à environ 2,3 % par an. La richesse produite augmente donc presque trois fois plus vite que la population. Tant que cet écart se maintient, le revenu par habitant continue de grimper d’année en année. Le pays devrait non seulement se maintenir dans sa nouvelle catégorie, mais évoluer à terme vers le cran suivant, celui du revenu intermédiaire supérieur, que viennent d’atteindre les Philippines, le Sri Lanka ou le Vietnam.

Les Togolais vont-ils le sentir dans leur quotidien ?

Pas directement, et il faut être honnête là-dessus. Ce reclassement ne crée ni emplois ni pouvoir d’achat du jour au lendemain. C’est d’abord un changement d’étiquette statistique. Mais cette étiquette compte, car elle influence la manière dont les bailleurs de fonds, les investisseurs et les agences de notation regardent le pays.

Le Togo va-t-il perdre les financements réservés aux pays pauvres ?

C’est la crainte classique, et elle est largement infondée à court terme. Le Togo reste éligible aux ressources de l’IDA, le guichet de la Banque mondiale qui prête à des conditions très douces aux pays modestes, ainsi qu’au Fonds africain de développement, le guichet concessionnel de la Banque africaine de développement (BAD). L’éligibilité à ces guichets ne dépend pas que de la catégorie de revenu, mais d’un seuil spécifique de RNB par habitant et de la capacité du pays à emprunter aux conditions de marché. La transition, quand elle intervient, est progressive et s’étale sur des années.

Et du côté du FMI ?

Rien ne change dans l’immédiat. Le Togo poursuit son programme au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC), l’instrument concessionnel du FMI réservé aux pays à faible revenu, dont les troisième et quatrième revues viennent d’ouvrir la voie à un décaissement d’environ 110,8 millions de dollars. À plus long terme, théoriquement, le pays pourrait solliciter le Mécanisme élargi de crédit (MEDC), l’équivalent non concessionnel de la FEC, utilisé par des économies plus avancées.

Que nous apprennent les voisins passés par là avant le Togo ?

Leur expérience est rassurante. La Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Bénin, reclassés avant le Togo en revenu intermédiaire, continuent de bénéficier des guichets concessionnels de la Banque mondiale, de la BAD et du FMI. Le changement de catégorie n’a fermé aucune porte du jour au lendemain ; il a plutôt élargi la palette d’options de financement de ces pays, qui empruntent désormais aussi sur les marchés internationaux.

Qu’est-ce que le pays y gagne concrètement ?

De la crédibilité, d’abord : un pays à revenu intermédiaire inspire davantage confiance aux investisseurs privés et aux marchés financiers, ce qui peut réduire le coût de ses emprunts futurs. Ensuite, l’accès potentiel à des enveloppes plus larges : en combinant financements concessionnels et emprunts aux conditions de marché, les pays reclassés peuvent mobiliser plus de ressources pour leurs routes, leurs écoles ou leur électricité. Le signal conforte aussi la trajectoire saluée par le FMI, qui a récemment reclassé le Togo parmi les pays à « forte capacité d’endettement », avec une dette publique redescendue autour de 65 % du PIB.

Quel est le vrai défi désormais ?

Transformer le statut en résultats. Le timing tombe bien : Lomé finalise sa feuille de route 2026-2031, avec l’ambition de doubler le niveau de vie moyen et de ramener le taux de pauvreté sous les 15 % d’ici 2040. Le piège à éviter est connu des économistes sous le nom de « trappe à revenu intermédiaire » : ces pays qui accèdent à la catégorie puis stagnent, faute de transformation structurelle de leur économie. Le reclassement dit que le Togo avance. Il ne dit pas encore que chaque Togolais le ressente.